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Le pêcheur de chavots

Un jeune garçon, nu, pêche. De cette sculpture se dégage la douce quiétude d’une scène des bords de Loue.

Pourtant, l’œuvre revêt un destin sulfureux.

En 1862, Courbet réalise sa première sculpture en plâtre. Il s’agit d’un pêcheur de chavots, nom franc-comtois des chabots, ces petits poissons de rivière à grosses têtes qui peuplent notamment la Loue en quantité au 19e siècle. Le modèle choisi par Courbet est, selon ses mots, « un petit garçon de douze ans »[1] qui est destiné à orner la place des Iles-Basses à Ornans, cadeau de l’artiste à son pays natal qu’il honore ainsi.

Dès son installation à Ornans en 1864, la sculpture est conspuée, au point qu’une pétition circule demandant son retrait. La nudité du modèle choque : à l’époque, le nu est réservé à la représentation de scènes historiques, mythologiques ou bibliques mais Courbet fait le choix de l’appliquer à une scène quotidienne, presque anecdotique. Le traitement fait la grandeur du sujet, qui, loin d’être un éphèbe antique, n’est en réalité qu’un jeune habitant d’Ornans. Sans l’alibi mythologique, la nudité devient crue. Un scandale déjà expérimenté par le sculpteur François Rude et son Jeune pêcheur napolitain jouant avec une tortue de 1833 (Paris, Musée du Louvre).

Dans une lettre à ses parents, Courbet leur explique que « [son] audace et [sa] réussite ont bien surpris tout le monde ». Un bel euphémisme, sachant que l’œuvre est mutilée, notamment suite à la participation de Courbet aux évènements de la Commune, en 1871. Le maire d’Ornans, fervent défenseur du bonapartisme, fait retirer la sculpture le 28 mai 1871. Courbet est heurté par cette offense. Il écrit d’ailleurs à ses parents : « J’apprendrai à ce tas de polissons qu’ils ne sont pas en droit de rien juger d’abord avant de connaître, malgré leur impuissance, leur envie et leur basse politique. »[2]

Cette première fonte est alors rendue à Régis Courbet puis donnée à son ami Alexis Chopard, brasseur à Morteau. Un second tirage, donné par Juliette, est finalement rétabli en 1888, alors que l’artiste, décédé, regagne les faveurs du public. Ce dernier est à nouveau dégradé en 1909, placé à la mairie d’Ornans et remplacé par un tirage contemporain en 1995.

Témoin des relations passionnées entre le peintre et son pays, le sobre modèle en plâtre du Pêcheur de chavots est à admirer au sein du parcours permanent du musée.

 

[1] CHU, Petra ten-Doesschate, Correspondance de Courbet, Paris, Flammarion, 1996, lettre 62-1

[2] CHU, Petra ten-Doesschate, Correspondance de Courbet, Paris, Flammarion, 1996, lettre 71-19

informations techniques

Gustave Courbet (1819-1877)
Le pêcheur de chavots

1862

Plâtre
120 x 57 x 52,5 cm

Musée Gustave Courbet, dépôt de la ville d’Ornans, inv. D 1976.1.9

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